Benoît Georges, responsable des brancardiers, a pris la parole
Que s’avance enfin celui qui reçoit cette année, en signe de fidélité, un insigne, qui témoigne de ses 18 années au service des malades. Nous voulons te remercier, Bernard, pour tout ce que tu as donné et partagé, nous voulons te féliciter, c’est-à-dire contribuer à ta félicité, à ton bonheur et à tout ce qui est né dans ces multiples rencontres. Soyons reconnaissants pour ce que tu as apporté, soyons reconnaissants pour tout ce qui a été partagé et pour toutes les amitiés nouvelles, inattendues et néanmoins profondes. Viens te réjouir, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître.
Bernadette : Que s’avancent maintenant celles et ceux qui souhaitent redire leur engagement dans leur service aux malades ici à Lourdes !
Monseigneur : C’est la 6ème fois que vous participez à un pèlerinage à Lourdes en vous mettant au service des malades et vous souhaitez confirmer votre engagement dans l’Hospitalité. En accompagnant nos frères et sœurs moins valides, en leur apportant tout le soin nécessaire, en leur accordant toute votre attention, vous les portez, non seulement physiquement, mais aussi moralement et/ou spirituellement. Vous les servez en voyant peut-être en eux, le visage du Christ. Voulez-vous confirmer cette attitude où votre disponibilité, votre attention, votre bienveillance sont des cadeaux que vous proposez aux malades afin que ceux-ci puissent vivre leur démarche de pèlerinage dans la paix, la sérénité et la fraternité ?
Réponse de chacun : Oui !
Monseigneur : Convaincu que tout ce qui est donné avec sincérité fait grandir l’homme, convaincu que tout ce qui est fait au plus petit parmi les frères est fait au Christ lui-même, je vous invite à dire cette charte d’engagement, cet acte de réponse libre et gratuit à l’appel de Marie et du Seigneur lui-même.
Tous récitent la prière suivante :
Dans le cadre du pèlerinage, j’ai découvert que mes qualités peuvent être mises au service des malades. Ma patience, ma disponibilité, mon écoute, mes compétences suscitent la confiance et la sérénité dans le cœur des malades. J’ai découvert aussi qu’accompagner les malades m’apporte joie et paix. Oui, je souhaite poursuivre dans cette voie afin qu’ensemble, nous puissions grandir en fraternité et en humanité.
Sainte Marie, Mère de Dieu, tu es apparue 18 fois à Bernadette, dans la Grotte de Lourdes, pour rappeler aux chrétiens les merveilles et les exigences de l’Évangile.
Apprends-moi à travailler au réconfort des malades et de tous ceux qui souffrent, à la fraternité et à la paix entre les hommes. Aide-moi à accueillir, dans la joie et la simplicité, tous les bienfaits de ces rencontres.
Notre-Dame de Lourdes, prie pour nous. Sainte Bernadette, aide-nous.
Monseigneur : Je reçois avec gratitude votre engagement dans l’Hospitalité belge de Notre-Dame de Lourdes et vous remets cet insigne : qu’il soit le symbole de la complicité entre les malades et vous. Qu’il soit un rappel de tout ce que vous vivez, de tout ce que vous partagez, de tout le chemin que vous parcourez ensemble pour vous grandir mutuellement, ici à Lourdes, auprès de Marie et Bernadette.
Juste après avoir reçu son insigne, le docteur Emile Leunus a voulu en faire cadeau à Pascale qui avait perdu le sien… moment d’émotion !
Notre évêque, Mgr Jean-Pierre Delville, était présent pour cette célébration qui avait lieu à l’Accueil Notre-Dame, et était musicalement animée par Jesus’ Trip.
C’est Bernadette Charlier, responsable des Hospitaliers, qui a expliqué le sens de cette célébration et de l’engagement.
bienvenue à vous tous, chers pèlerins !
Nous sommes réunis ici, en ce jour, pour prendre conscience de la miséricorde de Dieu à l’égard de chacun de nous.
Les uns peuvent se réjouir d’être animés d’une certaine disposition au service, d’une certaine attention à l’égard de ceux qui sont dans le besoin, et concrètement de nos frères et sœurs malades. D’autres peuvent se réjouir d’être entourés et de pouvoir vivre leur pélé dans la sérénité.
Parfois, ce service peut être fatigant, difficile, … Parfois, être dépendant, avoir besoin des autres, peut être insécurisant, lourd… L’expérience nous l’a montré de multiples fois, les amitiés qui se créent ainsi font des miracles !
La miséricorde de Dieu, n’est-elle pas cette sensibilité du Seigneur à l’égard de nos manques, de nos difficultés ?
Nous croyons, en effet, que le Seigneur ne manquera pas de transformer nos efforts humains en quelque chose de divin. Nous pouvons nous aussi être des mains, des bras, des cœurs qui aident Dieu à accomplir ses prodiges, souvent cachés. Nous aussi, bien-portants ou malades, nous pouvons offrir nos fatigues et nos souffrances comme cette eau qui remplit les jarres aux noces de Cana et a été transformée en un vin excellent.
Ce vin excellent prend le goût de la joie des retrouvailles, de la joie de la fraternité, de la joie d’un bien-être simple. Cette joie se renouvelle en permanence, elle est perceptible partout. Jeunes et moins jeunes, valides et moins valides, cheminent ensemble, joyeusement, dans une même démarche qui apporte sérénité et bien-être, sous le regard bienveillant de notre Seigneur avec Marie et Bernadette.
Les jeunes apportent leur sourire et leur spontanéité, les aînés apportent leur expérience et leur sagesse, les hospitaliers et brancardiers apportent leur disponibilité, leur serviabilité.
Ce que chacun est, ce que chacun apporte contribue à la fraternité qui règne au sein de notre pélé et contribue aussi à l’intensité de ce que l’on peut vivre dans ce lieu que certains visitent depuis de nombreuses années.
Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est aussi parce que nous voulons mettre en évidence la complicité qui se vit entre les moins valides et leurs aidants, et ce, en reconnaissant les services rendus par des hospitalières et hospitaliers depuis un certain nombre d’années. Que ce soit par la générosité de leur cœur, que ce soit par amitié à l’égard des moins valides, que ce soit pour vivre leur foi dans le concret de la vie, ils vivent une semaine de leurs vacances au service des moins valides, en complicité avec les personnes malades ou âgées.
Cette célébration veut faire mémoire de l’amour avec lequel le Seigneur a réchauffé le cœur des uns et des autres, non pas par nostalgie, mais pour persévérer dans la joie, et ainsi, nous pouvons rendre grâces et remercier chacun pour sa présence bienveillante !
A suivi une prière de frère Roger (Taizé), lue par notre évêque
Dieu qui nous aime, par l’Évangile, nous comprenons que personne n’est exclu de ton Amour et que ton Esprit-Saint ne nous laisse jamais seuls. Il nous donne d’être en communion avec Toi. Alors, humblement, nous Te disons : Toi, le Christ, Tu vois qui je suis, j’ai besoin de ne rien Te cacher de mon cœur, Tu m’accueilles avec mes peines et mes inquiétudes, Tu comprends tout de moi. Jésus, fils de Marie, à chacun Tu offres un message de joie et d’espérance. Si démunis soyons-nous, donne-nous de mettre la Paix là où il y a des oppositions et de rendre perceptible par notre vie un reflet de la compassion de Dieu. Oui, donne-nous d’aimer et de le dire par notre vie. Amen.
Puis la lecture de l’évangile selon saint Jean : Les Noces de Cana, par l’abbé André Vervier
Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin. Jésus lui répond : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit à ceux qui servaient : Tout ce qu’il vous dira, faites-le. Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres).
Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Après l’homélie de notre évêque, a lieu la célébration des engagements dans l’Hospitalité belge.
Introduction (Bernadette) : Nous allons remettre à certains hospitaliers et hospitalières un signe en rapport avec la fidélité de leur service aux malades, ici, à Lourdes. Les signes sont là pour nous aider à découvrir le sens caché d’une réalité invisible. Ils nous rappellent le sens du message de Marie à Bernadette.
Bernadette,
À Lourdes, tu as vécu les joies et les épreuves familiales. Tu as vu Marie 18 fois dans le rocher. Tu as témoigné avec détermination de ce que tu as vu et cru, toi, l’humble servante que Marie avait regardée comme une personne. Tu as répondu à l’appel du Seigneur, désireuse, comme Lui, de donner ta vie pour ses amis. Aujourd’hui encore, tu nous enseignes l’amour et le service quand tu nous dis : Il suffit d’aimer.
Monseigneur, puis-je vous demander de remettre aux hospitaliers que nous allons appeler le signe de leur engagement ?
Bernadette : Que s’avancent celles et ceux qui vont être accueillis et s’engager pour servir les pèlerins et les malades…
Monseigneur : Animés par le désir de servir et de rencontrer les malades, vous êtes venus plusieurs fois avec notre pèlerinage à Lourdes. Nous sommes heureux de vous accueillir dans l’Hospitalité belge de Notre-Dame de Lourdes, afin que vous continuiez à servir dans la joie.
Monseigneur : Voulez-vous être accueilli(e) dans l’Hospitalité belge à Notre-Dame de Lourdes et continuer à être au service des malades ?
Réponse : Oui !
Monseigneur : Confiant dans la sincérité et la vérité de votre OUI, au nom de l’Hospitalité belge de Notre-Dame de Lourdes, je vous remets cet insigne, symbole de votre attachement aux malades. Qu’il vous soit un rappel de la joie que vous donnez à vos frères et sœurs malades, qu’il vous rappelle également tout ce que vous recevez des personnes malades et handicapées, ici à Lourdes auprès de Marie et de Bernadette.
À l’issue de la messe à la Grotte, sous la pluie :-(, le jeudi 18 août, Mgr Jean-Pierre Delville, notre évêque, a pris le temps de saluer (et parfois de tailler une petite bavette !) avec tous les pèlerins (moins valides et leurs hospitaliers) qui venaient de passer dans la Grotte.
Une première série !
Une deuxième série !
Et la troisième et dernière série (ils sont nombreux, nos pèlerins !)…
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Beaucoup de sourires et combien de gestes d’entraide et de fraternité. On revient à Lourdes, c’est le signe qu’il s’y passe quelque chose de fort et d’intense. À Lourdes, on ne vient pour soi, on vient pour les autres, pour aider : voilà peut-être le secret de Lourdes que nous partageait le frère Georges…
Nous remercions l’abbé Defer qui nous a enrichis par le témoignage de son engagement auprès des plus pauvres.
Rendez-vous en 2017, le 17 août avec notre évêque !
Le Vicaire épiscopal, l’abbé Eric de Beukelaer, en sera le prédicateur. Le thème nous met déjà l eau à la bouche : Le Seigneur fit pour moi des merveilles ! C’est le groupe Latitude qui assurera l’animation musicale.
Que ce pèlerinage porte en nous de nombreux fruits de miséricorde !
Abbé Baudouin Charpentier,
Directeur du pèlerinage
Mgr Delville a basé son homélie sur l’évangile qui venait d’être lu (Le jugement dernier, Mt 25, 31-40) vu à travers le prisme de l’Année de la Miséricorde. Voici le texte de son homélie, que vous pouvez également télécharger en format pdf tout en bas de cet article.
Chers Frères et Sœurs,
Liebe Brüder und Schwestern,
En cette célébration de clôture de notre pèlerinage à Lourdes, nous sommes enveloppés dans un message d’amour. Chacun et chacune, nous avons reçu de multiples témoignages d’amour durant cette semaine. À travers tous ces moments, nous avons découvert la source de cet amour, la miséricorde de Dieu. Jetzt ist also der Zeitpunkt für jeden von uns gekommen, Bilanz zu ziehen über das hier Erhaltene. Dies ist die Zeit innerlich für das Entdeckte zu danken.
Quelqu’un me disait hier : Ici à Lourdes, je ressens plus qu’ailleurs la présence de Dieu, il y a quelque chose de spécial ici, je ne sais pas comment le définir, mais je le ressens ! Même si Dieu est partout, ici je le ressens plus présent. Je crois que cette personne a raison. Mais si Dieu nous paraît plus présent ici, ce n’est pas parce que le lieu est magique, c’est parce que vous êtes magiques ! C’est parce que vous avez échangé des gestes d’amour ; or c’est dans l’amour qu’on découvre Dieu.
C’est ce que Jésus nous dit dans sa célèbre parabole du jugement dernier, racontée seulement dans l’évangile de Matthieu (Mt 25, 31-46). Il y a deux surprises dans cette scène, deux bouleversements par rapport à la vision traditionnelle du jugement final. La première surprise est que celui qui préside le jugement n’est pas le Père, mais le Fils de l’homme, soit Jésus lui-même. Certes, le jugement est fait au nom du Père, puisque le Fils de l’homme dit : « Venez les bénis de mon Père ». Mais c’est bien le fils qui préside le jugement. C’est le « Fils de l’homme dans sa gloire », nous dit le texte ; il est même appelé aussi « le roi ». Mais c’est bien un homme, puisqu’il parle à la fin de « ces petits qui sont mes frères ». Il se met au même niveau que les hommes, et spécialement les petits. Qui plus est, pour ceux qui ont lu l’évangile de Matthieu jusqu’à la fin, ils savent que ce « Fils de l’homme dans sa gloire » va être arrêté, condamné, subir sa passion et mourir sur une croix comme un malfaiteur. Donc celui qui préside le jugement final est aussi celui qui a été victime d’un jugement injuste ; celui qui juge est aussi celui qui a été condamné comme criminel. Le jugement de toute l’humanité est exécuté par un type qui a été condamné à mort ! Vous imaginez cela ? Un tribunal présidé par un condamné ? Jean-Louis Defer, notre prédicateur, qui est aumônier de prison à Lantin, pourrait nous le dire : il imaginerait mal que les prisonniers qu’il visite dans leurs cellules se retrouvent un jour à la place du juge au tribunal ! Or c’est ce qui se passe dans le texte de l’évangile. Mais derrière ce paradoxe, se cache une grande découverte : nous sommes jugés, non pas par un juge lointain et implacable, mais par un juge qui connaît l’âme humaine, les souffrances humaines, qui a même été victime d’une justice injuste. C’est pourquoi ce juge nous jugera avec miséricorde et pas avec rigueur ou sévérité.
La deuxième surprise de cette parabole du jugement final, c’est l’étonnement des gens à l’audition du jugement. J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire… Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous donné à manger ? Avoir soif et t’avons donné à boire ? Surprise des gens ! Réponse du Juge : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! Surprise : le juge s’identifie à la victime, à la personne qui a subi une injustice ou une souffrance ! Or ce juge, c’est non seulement le Fils de l’homme, mais c’est aussi le Fils de Dieu, puisqu’il parle des « bénis de mon Père ». Donc finalement les victimes de notre monde et les souffrants de l’humanité, c’est Dieu lui-même. Dieu est dans celui qui a faim, qui a soif, qui est dévêtu, qui est étranger, qui est prisonnier. Voilà le deuxième bouleversement !
En raccourci on pourrait dire que, dans cette parabole, les rôles sont complètement bouleversés : Dieu disparaît de son trône de Juge, mais il réapparaît dans les victimes de ce monde, et même les victimes de la justice, les prisonniers. La place de Dieu a totalement changé, et cela grâce à Jésus, qui a vécu personnellement le sort de l’humanité, avec ses souffrances et ses gestes de bonté.
La conséquence de cela, pourrait-on dire en raccourci, c’est que Dieu est descendu de son trône, pour que l’être humain dans sa fragilité soit élevé au rang de Dieu : tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait, dit Dieu par la bouche de Jésus. Dieu à la place de l’homme, l’homme à la place de Dieu ! Autrement dit, Dieu peut être découvert à travers l’homme par nos gestes de miséricorde ; et l’homme le plus insignifiant est élevé à la dignité divine, par la miséricorde de Dieu. La miséricorde humaine, l’amour partagé, nous fait découvrir Dieu ; et la miséricorde divine nous fait découvrir l’homme et sa dignité cachée. Voilà pourquoi, frères et sœurs, cette miséricorde est si importante, elle nous fait découvrir Dieu et nous fait découvrir nos frères et sœurs, par une communion entre nous.
C’est cela que nous avons vécu durant ce pèlerinage. Nous avons fait l’expérience de l’amour durant ce pèlerinage. Nous avons été aimés et nous avons donné de l’amour. Nous avons été aimés car tous nous avons été l’objet d’attentions de la part des autres. Nous avons aussi été stimulés à aimer davantage que d’habitude, à donner du temps pour les autres et à faire attention à eux. Ce qui nous est révélé aujourd’hui, c’est que Jésus est présent dans tous ces gestes d’amour : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !
Während dieser Pilgerreise haben wir Liebe erfahren. Wir wurden geliebt und haben Liebe gegeben. Wir sind mit Liebe und gegenseitiger Aufmerksamkeit beschenkt worden. Wir wurden angeregt mehr Nächstenliebe zu leben, als es im Alltag üblich ist, mehr von unserer Zeit für andere zu erübrigen und ihnen Aufmerksamkeit zu schenken. Was uns heute offenbart wird, ist das Jesus sich in all seinen Taten der Nächstenliebe wiederspiegelt: Was ihr für einen meiner geringsten Brüder getan habt, das habt ihr mir getan.
Cela me fait penser à une histoire que j’ai découverte durant ces vacances. J’étais en Allemagne à Marburg et je vois dans une église une peinture : elle représente un lit avec un crucifix couché sur le lit ; autour du lit, une femme et un homme debout. Avec mes compagnons de voyage, j’étais perplexe. Alors une paroissienne est venue nous expliquer. C’est, nous dit-elle, sainte Élisabeth de Thuringe. C’était la princesse de notre ville au 13e siècle. Elle était la fille du roi de Hongrie et fut mariée au prince de Thuringe. Elle avait beaucoup de richesses à sa disposition. Mais voilà qu’elle entend parler de saint François d’Assise et elle décide de faire comme lui et de se mettre au service des pauvres. Elle donne de la nourriture aux pauvres, elle les visite personnellement. Un jour elle voit un malade en rue ; elle ne sait comment faire pour l’aider. Alors, en secret, elle le fait monter dans sa chambre, elle le couche dans son lit et le soigne. Mais un serviteur avait vu le manège et il va dire au prince : Il y a un homme couché dans le lit de votre femme ! Le prince, furieux, monte dans la chambre, voit qu’il y a quelqu’un dans le lit de sa femme ; il lève les couvertures et qu’est-ce qu’il voit ? Un crucifix grandeur nature, avec le Christ couché sur la croix ! C’est le sujet de la peinture que je contemplais : le crucifix dans le lit de la princesse découvert par son mari. Voilà un message visuel pour dire clairement : ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ! Mais l’histoire n’est pas finie. Ne connaissez-vous pas des hôpitaux qui s’appellent « Sainte-Elisabeth » ? Oui, il y en a un à Liège ; et il y en a un à Verviers et à Namur ; et un à Saint-Vith ? Pourquoi ? C’est parce que sainte Elisabeth de Thuringe a compris que son lit était trop petit pour soigner les malades ; alors elle a fondé un hôpital dans sa ville de Marburg. Depuis lors, beaucoup d’hôpitaux ont pris le nom de sainte Elisabeth.
Vous voyez ? Une simple action de miséricorde d’une seule personne, qui a soigné un malade, est devenue la base de milliers d’hôpitaux dans le monde ! La miséricorde, c’est contagieux, cela se multiplie ! C’est l’expérience que nous avons vécue ici. Quand vous serez rentrés chez vous, racontez-la autour de vous ! Et surtout vivez-la concrètement au quotidien !
Élisabeth de Thuringe avait d’ailleurs un bon exemple en tête : elle pensait à sa sainte patronne, Élisabeth, cousine de la vierge Marie, qui a été aidée par Marie quand elle était enceinte. Ainsi Marie à son tour nous précède dans la miséricorde et nous invite à la pratiquer !
Amen ! Alléluia !
+ Jean-Pierre Delville,
Évêque de Liège
L’illustration, qui représente l’histoire que nous a racontée notre évêque, vient du site : http://www.helmut-zenz.de/hzelisab.htm
Téléchargez ici le texte de l’homélie, en format pdf : 2016-08-20 – Homélie Mgr Delville
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Aucun roi ne permettrait jamais à un voleur de s’asseoir avec lui lorsqu’il fait son entrée dans une ville. Mais le Christ l’a fait : quand il entre dans sa sainte patrie, il y introduit un voleur, un prisonnier avec lui (cfr Lc 23, 43), dit saint Jean Chrysostome.
Oui, toi le larron de chaque époque, Jésus t’aime avec ton péché, par-delà ton péché !
Il est bien vrai de dire que Dieu va au-delà de la justice avec la miséricorde et le pardon (pape François).
Pourquoi ne pas entreprendre ce chemin de vie sur lequel le pardon laisse comme une signature : là où il y a eu pardon, la relation à l’autre a eu la priorité (L. Basset) ?
Abbé Jean-Louis Defer
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La messe était présidée par l’évêque de Bayeux-Lisieux, Mgr Jean-Claude Boulanger, et l’homélie était prononcée par Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon.
Notre évêque, Mgr Jean-Pierre Delville, concélébrait ainsi que plusieurs prêtres de notre diocèse, et l’animation musicale était assurée par Jesus’ Trip !
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Cette fois, Jésus se laisse regarder ; le visage fermé par la mort, il est mis au tombeau, selon les usages et les honneurs.
La sépulture des morts dit le niveau d’humanisation d’une civilisation et, tout compte fait, le respect et les soins accordés aux morts ne disent-ils pas la manière dont nous respectons et soignons les vivants, et réciproquement ?
C’est pour cette raison que nous ne pouvons pas prier pour les morts en oubliant de prier pour les vivants.
C’est notre mission d’intercesseur : poser une main sur l’épaule de Dieu et une sur l’épaule de l’homme.
Abbé Jean-Louis Defer
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Voici le texte de sa conférence, que vous pouvez également télécharger en version pdf, à la fin de cet article.
Chers Amis,
Vous le savez sans doute, le thème de la famille est très important dans notre foi puisque c’est dans la famille qu’on donne la vie et qu’on développe l’amour : un enfant naît dans une famille et il y trouve l’amour qui va lui permettre de se développer plus tard. Ces deux dimensions sont unies dans le mariage : celui-ci est à la fois don de la vie et amour échangé.
Crise de la famille aujourd’hui
Mais dans notre culture ces deux dimensions subissent de grandes mutations, au point qu’on peut parler d’une crise de la famille : tout ce qui tourne autour de la naissance de l’enfant est lié au développement de la technique, qui permet de contrôler les naissances, entre autres par médicaments, ou même d’avorter sous opération ou de donner la vie en laboratoire (in vitro). Et tout ce qui tourne autour de l’amour est sujet à des grands changements de mentalités : on a tendance de plus en plus à vivre l’amour du couple en-dehors du mariage, on divorce plus souvent et plus facilement qu’autrefois, on conteste aussi la fidélité pour la vie, on découvre aussi la spécificité des personnes homosexuelles et des couples qu’elles peuvent former entre elles. Un autre aspect du changement de mentalité, c’est la condition de la femme : la femme devient enfin l’égale de l’homme ; et dans le couple, elle n’est plus soumise au bon vouloir de son mari en matière de fécondité, par exemple. Il y a une beaucoup plus grande autonomie des partenaires dans la vie de couple et la vie de famille. Cette évolution sur ces deux points : le don de la vie et l’amour vécu, aboutit aussi au fait qu’on dissocie ces deux éléments du mariage l’un de l’autre : on dissocie la fécondité de l’amour. L’amour, dira-t-on, peut se vivre indépendamment de la fécondité, indépendamment des enfants et de la famille ; et la fécondité peut se vivre indépendamment de l’amour : il y a ainsi des mères porteuses, qui acceptent de vivre une grossesse pour d’autres personnes. Ainsi, on peut parler à juste titre de crise de la famille ou de mutations dans la famille.
Réactions contradictoires dans l’Église
Face à ces évolutions, il y a deux attitudes opposées dans l’Église : une attitude conservatrice et une attitude libérale. La première attitude a tendance à dire : nous avons une doctrine qui remonte à Jésus concernant le mariage et la famille ; on doit donc y rester fidèle intégralement. L’attitude libérale dira : on doit évoluer avec son temps, d’ailleurs Jésus lui-même s’opposait aux lois tatillonnes des pharisiens de son époque et il a tout résumé dans le commandement de l’amour.
Ces deux attitudes opposées créent des tensions dans l’Église et des oppositions, qui risquent de déboucher sur des blocages, des contradictions et des exclusions mutuelles. Cela pose aussi beaucoup de problèmes concrets : les personnes divorcées remariées, par exemple, quelle place auront-elles dans l’Église et dans ses institutions ? ou les couples non mariés ? Cette situation engendre aussi une tension entre la théorie et la pratique, entre la réalité vécue et la doctrine. En plus de tout cela, il ne faudrait pas oublier le vécu quotidien des familles et des couples. Même dans des situations régulières, la vie familiale cause des tas de problèmes, en même temps qu’elle est source de grandes joies et de grand bonheur. Chaque famille, même la plus classique, est un peu une « histoire sacrée », parfois même un roman, avec la croissance des enfants, les aventures des adolescents, les hauts et les bas des parents, la présence des grands-parents, etc. Comment accompagner cette réalité quotidienne fondamentale pour tous ? Ce sont les problèmes classiques de la vie de famille, qui s’ajoutent aux nouveaux problèmes.
La solution du pape François : consulter les chrétiens
Pour porter tout cela en Église de façon ouverte et sans tabou, le pape François a eu l’idée de consulter les chrétiens en réunissant deux synodes consacrés à la famille, en octobre 2014 et en octobre 2015. Le premier était consacré surtout à la famille vue de l’intérieur, le second à la famille comme témoin de foi dans le monde. Le premier synode a comporté un côté extraordinaire : il a été préparé par un questionnaire envoyé à tous les chrétiens catholiques du monde. Chaque groupe, chaque personne même, pouvait y répondre ; les résultats ont été rassemblés par les évêques de chaque pays et ont été envoyés à Rome. Le pape a donc voulu créer un fonctionnement démocratique, une véritable consultation populaire des familles avant de commencer le synode. Par le fait même, il a aussi éclairé les évêques des différents pays sur la pensée et la mentalité de leurs fidèles.
Le synode s’est bien déroulé, mais il a été marqué par une polarisation des points de vue : les uns plaidant pour une réaffirmation nette de la doctrine de l’Église sur la famille et le mariage ; les autres plaidant pour une modification des points de vue sur les situations irrégulières et une ouverture plus grande aux mentalités de notre temps.
Une autre surprise du synode fut de découvrir que les problèmes et les questions n’étaient pas les mêmes suivant les continents. En Afrique par exemple, un problème central est celui de la polygamie ; c’est aussi le problème de la dissolution de la solidarité familiale traditionnelle dans les grandes villes, qui drainent une bonne partie de la population ; c’est le problème des familles monoparentales, avec la femme seule qui doit s’occuper des enfants ; c’est le problème de l’excision des jeunes filles dans des milieux traditionnels. En Amérique latine, c’est le problème de la corruption, qui arrache les jeunes de leurs familles pour les faire entrer dans des réseaux de drogue ou de violence. En Asie, spécialement au Moyen Orient, c’est le problème des réfugiés, des familles contraintes à l’exil, avec des parents séparés de leurs enfants. Un peu partout aussi on est confronté au problème de la précarité, avec des familles qui doivent s’épuiser à lutter contre la pauvreté et parfois laisser les enfants travailler avant l’âge requis.
Ainsi on s’est rendu compte que les problèmes de la famille ne sont pas seulement liés aux mentalités nouvelles, à la technologie, à la psychologie, à l’émancipation de la femme et à l’autonomie des individus ; il y a aussi de graves problèmes économiques et sociaux qui handicapent la vie de la famille. En fait, grâce à la libération de la parole et à la préparation du synode par les chrétiens de la base, les débats se sont tenus sans tabous et ce fut un point positif. Les pères synodaux ont dressé un portrait de la famille dans le monde et dans toutes les cultures, comme on ne le fait jamais. On se demandait quand même comment le pape François allait faire la synthèse de tous ces apports.
Le deuxième synode, celui de 2015, avait aussi un côté extraordinaire : il précédait d’un mois l’ouverture de l’Année Sainte voulue par le pape François et consacrée au thème de la miséricorde. Le pape voulait donc faire de la miséricorde une ligne directrice de l’Église dans les années à venir et un critère de vie chrétienne. Le thème du synode était centré sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde et sur son témoignage de foi. Il ne s’agissait pas de répéter ce qui avait été dit un an avant ni de donner des solutions immédiates aux problèmes concrets posés la première année. Il s’agissait surtout de donner un impact aux familles chrétiennes sur la vie du monde.
La synthèse du pape et sa touche personnelle : la miséricorde
Finalement, le pape a écrit un document officiel, une exhortation apostolique post-synodale, datée du 19 mars 2016, fête de saint Joseph, époux de Marie. La caractéristique de ce texte est qu’il reprend de manière fidèle et structurée les éléments des deux synodes, qui avaient été rédigés dans des conclusions officielles; mais le pape ajoute deux éléments personnels appréciables : le premier est qu’il regroupe sous forme de synthèse la totalité de la problématique de la famille et de l’amour ; pour cela, il crée des ajouts : relevons surtout le commentaire de l’hymne à l’amour de saint Paul (1 Corinthiens 13,4-7) dans le chapitre 4 et tout le chapitre 8, qui développe la notion de “morale en situation”. Le pape répond ainsi indirectement à différentes questions brûlantes comme la communion aux divorcés remariés ou la place des homosexuels dans l’Église.
Le pape ne propose pas une attitude théorique à ce sujet, mais il cadre ces éléments dans une morale fondamentale, basée sur la miséricorde, l’accueil de la fragilité et le refus du jugement péremptoire ou de la condamnation. D’ailleurs, le ton est donné dès le titre : La joie de l’amour, Amoris laetitia : c’est un ton de confiance en l’amour. Parcourons brièvement le contenu des 9 chapitres de cette exhortation. On pourrait dire qu’elle est bâtie en trois volets, suivant la méthode voir-juger-agir. En effet, les deux premiers chapitres concernent le « voir » : voir l’enseignement de la Bible et voir la réalité actuelle. Les chapitres 3 et 4 donnent un positionnement et concernent le « juger » : l’un touche à l’enseignement récent de l’Église sur le mariage et l’autre approfondit la notion d’amour. Enfin les chapitres 5 à 9 donnent des pistes d’action : en matière d’accompagnement des familles dans l’Église, de fécondité, d’éducation des enfants, de fragilités de la vie de famille et de vie spirituelle en famille.
Le premier chapitre (§8-30) est consacré à la famille et au couple dans la Bible, y compris comme lieu d’éducation à la foi. De manière surprenante, l’image de Dieu a comme parallèle explicatif justement le couple homme-femme : Dieu créa l’homme à son image : à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa (Genèse 1,27)” (10). D’après la Bible, la famille est aussi un lieu de souffrance et de travail, et un lieu de don de soi. Un exemple frappant est celui de l’histoire de Joseph et de ses frères, racontée à la fin du livre de la Genèse. Par jalousie envers Joseph, ses frères le vendent comme esclave en Égypte et annoncent à leur père Jacob la mort de Joseph. Celui-ci arrivé en Égypte est le seul à pouvoir interpréter le songe du pharaon sur les sept vaches grasses et les sept vaches maigres. Il lui annonce que le pays va vivre sept années de récoltes abondantes et sept années de disette. Il faudra donc faire provision pour les années difficiles. Enthousiaste, le pharaon fait de Joseph son intendant. Joseph organise le pays en conséquence. Quand vient la famine, les frères de Joseph descendent en Égypte pour acheter du grain. Ils sont reçus par Joseph mais ne le reconnaissent pas. Celui-ci leur demande ce qu’ils ont fait de leur plus jeune frère, Benjamin. Il leur demande de le faire venir avant de leur donner du blé. Quand il arrive, Joseph est ému et laisse éclater ses sanglots : il se fait reconnaître par ses frères, leur pardonne et se réconcilie avec eux. Ainsi est née une nouvelle famille, qui n’est plus basée sur les liens du sang, mais sur l’amitié et le pardon. Ainsi peut naître le peuple d’Israël, qui descend des douze fils de Jacob. Cette famille renouvelée par l’amour, nous la voyons aussi dans le Nouveau Testament. Quand Jésus se fait interpeller (Mg 12,46-48) : Ta mère et tes frères sont là qui te cherchent, il répond : Qui sont ma mère et mes frères ? Il montre ses disciples et dit : Voici ma mère et mes frères. Jésus veut aussi créer une nouvelle famille.
Le chapitre 2 (31-57) est intitulé La réalité et les défis de la famille. Il est consacré directement aux situations actuelles. Il parle en particulier des difficultés de la famille actuelle, dont le stress (33). Il fait même une autocritique de la manière idéaliste dont l’Église a présenté la famille (36). Il souligne la crédibilité de la famille dans la société (38), même si l’on vit une culture du provisoire : Nous devons être reconnaissants pour le fait que la plupart des gens considèrent que les relations familiales doivent durer dans le temps et assurer le respect de l’autre (38). Le pape rappelle que l’Église s’oppose aux États qui pratiquent l’obligation de la contraception, de la stérilisation et de l’avortement (42). Il épingle les problèmes d’habitat (44), ceux des migrations (46), des enfants nés hors mariage et des handicapés (47). Il valorise le respect de la personne âgée (48). Parmi les défis, le pape cite la transmission de la foi (50), la toxicomanie (51), la polygamie (53), la violence envers les femmes (54) et les abus de la théorie du gender (56).
Le chapitre 3 (58-88) est intitulé : Le regard tourné vers Jésus : la vocation de la famille. Il forme une synthèse de l’enseignement de l’Église sur la famille et sur le mariage. Il souligne l’apport de Jésus, de sa vie familiale et de sa parole (61-66), de son incarnation. Il rappelle l’enseignement de Jean-Paul II sur la famille, en particulier dans Familiaris consortio, exhortation apostolique de 1981. Il valorise le mariage comme sacrement (71), mais tient compte aussi des situations de cohabitation, qu’il appelle les semences du Verbe (76-79). Il aborde en outre la transmission de la vie et l’éducation des enfants (80-85).
Le chapitre 4 (89-164), L’amour dans le mariage développe le sens de l’amour. Il commence par une analyse serrée de l’hymne de saint Paul à l’amour (1 Co 13, 4-7), puis il l’applique au mariage : Le mariage est une amitié qui intègre les caractéristiques de la passion, mais est toujours orientée vers une union de plus en plus stable et intense (125). Le pape a quelques phrases très concrètes sur le regard : Mon mari ne me regarde pas, il semble que pour lui je suis invisible. Regarde-moi quand je te parle ! (128). Les joies les plus intenses naissent quand on peut procurer du bonheur aux autres, comme dans le film Le festin de Babette (129) : première fois, je pense, qu’un pape cite un film dans une Exhortation apostolique ! Il rappelle trois mots clés de la vie en couple : S’il-vous-plaît, merci, pardon (133). Il parle du dialogue, de l’amour-passion et de la dimension sexuelle : la sexualité est un langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable (151). L’érotisme le plus sain, tout en étant uni à une recherche de plaisir, présuppose la stupeur, et ainsi peut humaniser les impulsions (151). Il sait que la sexualité peut devenir source de souffrance et de manipulation (154). On doit s’opposer donc à toute forme de soumission sexuelle (156). La virginité est aussi une forme d’amour car elle a la valeur symbolique de l’amour qui n’éprouve pas la nécessité de posséder l’autre (161).
Le chapitre 5, intitulé L’amour qui devient fécond (166-198) est centré sur le don de la vie et l’accueil de l’enfant. Il souligne l’expérience de la grossesse pour la femme : la grossesse est une période difficile, mais aussi un temps merveilleux. La mère collabore avec Dieu afin que se produise de nouveau le miracle d’une vie nouvelle (168). Le pape valorise aussi la paternité. Il envisage la fécondité élargie comme l’adoption, l’accueil des pauvres (183). Il aborde la condition des enfants et celle des personnes âgées (191). Il souligne l’importance de la mémoire historique des personnes âgées (193). Il développe l’expérience de la fraternité (194). Il n’oublie pas les situations telles que celles des familles monoparentales, des filles-mères, des handicapés et des malades.
Le chapitre 6 s’intitule Quelques perspectives pastorales (199-258). Il aborde l’accompagnement des familles en paroisse et en Église. Il évoque la formation affective des séminaristes (203). Il balise l’accompagnement des fiancés et la préparation au mariage (205), y compris la préparation de la célébration. Il touche également à l’accompagnement des jeunes époux (217). Le pape évoque ses souvenirs personnels : Je me rappelle un refrain qui disait que l’eau stagnante se corrompt, se gâte. C’est ce qui arrive quand la vie d’amour des premières années de mariage stagne, arrête d’être en mouvement, cesse d’avoir cette inquiétude qui la pousse en avant. La danse projetée en avant, avec cet amour jeune, la danse avec les yeux émerveillés pleins d’espérance, ne doit pas s’arrêter (219). Je pense que le pape fait allusion ici au tango, la danse argentine par excellence ! Les crises marquent aussi la vie du couple (232), elles font parties de sa dramatique beauté (232). Il faut pouvoir accompagner les ruptures et les divorces (241). Aux divorcés qui vivent une nouvelle union, il est important de faire sentir qu’ils font partie de l’Église, qu’ils ne sont pas excommuniés (243). Il faut leur rendre plus accessibles les procédures pour la reconnaissance des cas de nullité de mariage (244). Attention de ne pas prendre les enfants en otages dans les cas de divorces, dit le pape (245). À propos des personnes de tendance homosexuelle, le pape reprend la déclaration des pères synodaux : nous désirons rappeler que toute personne, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, quelle que soit son orientation sexuelle (250). Il rappelle aussi que les unions entre personnes homosexuelles ne peuvent pas être mises sur le même pied que le mariage (251). Il évoque les familles qui vivent un deuil et l’importance de se préparer à la mort, sachant que la foi nous assure que le Ressuscité ne nous abandonnera jamais (256).
Le chapitre 7 s’intitule Renforcer l’éducation des enfants (259-290). Le pape souligne l’importance des moments que nous passons avec eux en leur parlant avec simplicité et affection des choses importantes (260). L’école est nécessaire mais ne remplace pas la famille (263). La famille est la première école des valeurs humaines (274). Concernant les jeux électroniques il ne s’agit pas d’empêcher les enfants de jouer avec des dispositifs électroniques, mais de trouver la manière de générer en eux la capacité de faire des différences entre les diverses logiques et de ne pas appliquer la vitesse digitale à tout milieu de vie (275). Il faut aussi former les enfants à l’éducation sexuelle (280-286) : La pulsion sexuelle peut être cultivée dans un parcours de connaissance de soi et dans le développement d’une capacité de maîtrise de soi, qui peuvent aider à faire émerger des capacités précieuses de joie et de rencontre amoureuse. L’éducation doit aussi permettre la transmission de la foi (287-290).
Le chapitre 8, qui est le plus original, s’intitule Accompagner, discerner et intégrer la fragilité (291-312). Le pape y parle en “je” régulièrement. Il s’agit dans ce chapitre de mettre en valeur une morale en situation, sur le terrain concret, une morale ancrée dans l’histoire humaine. Cette capacité de cerner les cas de conscience, qu’on appelle aussi la casuistique, est une spécialité des jésuites et manifestement, un terrain favori du pape. Il insiste sur la gradualité en pastorale, qui est une notion déjà développée par Jean-Paul II (295). Il montre que beaucoup de situations pratiques sont loin de l’idéal. Il insiste donc sur le discernement dans les situations appelées irrégulières. C’est le lieu de la pédagogie divine, dont parlait le synode (297). Les divorcés qui vivent une nouvelle union, par exemple, peuvent se trouver dans des situations très diverses, qui ne doivent pas être cataloguées ou renfermées dans des affirmations trop rigides (298). La logique de l’intégration est la clé de leur accompagnement pastoral (299).
Un double langage ?
Grâce à la rencontre pastorale concrète entre une personne et un pasteur, on évite le risque qu’un certain discernement porte à penser que l’Église soutiendrait une double morale (300) : le pape introduit donc ici la réponse à une objection et il valorise un élément qui lui est cher : la conversation et le dialogue comme base du comportement.
Les circonstances atténuantes
L’Église possède une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes (301). Un sujet, tout en connaissant bien la norme, peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir autrement ou de prendre d’autres décisions sans commettre une nouvelle faute (301). C’est pourquoi un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou sur la culpabilité de la personne impliquée (302). Le pape se base sur saint Thomas d’Aquin, qui montre que, quand on passe du général au particulier, il règne toujours une certaine indétermination (304). Il est possible que, dans une situation objective de péché, qui n’est pas subjectivement coupable ou pas totalement, on puisse vivre dans la grâce de Dieu, on puisse aimer et on puisse grandir dans la vie de grâce et de charité (305).
Le blanc et le noir, ou ne pas juger
Le pape insiste sur la nécessité de dépasser une analyse manichéenne. En croyant que tout est blanc ou noir, parfois nous enfermons le chemin de la grâce et de la croissance et nous décourageons des parcours de sanctification (305). Dans n’importe quelle circonstance, face à ceux qui ont de la difficulté à vivre pleinement la loi divine, doit résonner l’invitation à parcourir la via caritatis. La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (306).
La prise en compte de la fragilité
Le pape réfléchit sur la notion de fragilité : Je crois sincèrement que Jésus veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité (308). Les pasteurs qui proposent l’idéal de l’évangile et la doctrine de l’Église aux fidèles doivent aussi les aider à assumer la logique de la compassion envers les personnes fragiles et éviter les persécutions ou les jugements trop durs et impatients. L’évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7,1) (308). Nous sommes appelés à vivre de miséricorde (…). Ce n’est pas une proposition romantique ou une réponse faible face à l’amour de Dieu, qui toujours veut promouvoir les personnes, parce que la poutre qui soutient la vie de l’Église est la miséricorde (310).
Pas une réflexion en chambre, mais une morale en conversation
Le pape fournit la clé herméneutique de son approche en écrivant : Ceci fournit un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale froide de bureau quand nous traitons les thèmes les plus délicats ; c’est un cadre qui nous place plutôt dans un contexte de discernement pastoral chargé d’amour miséricordieux, toujours disposé à comprendre, à pardonner, à accompagner, à espérer et surtout à intégrer (312). J’invite les fidèles qui vivent des situations complexes à s’approcher avec confiance dans une conversation avec leurs pasteurs ou avec des laïcs qui vivent dédiés au Seigneur (…). Et j’invite les pasteurs à écouter avec attention et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à vivre mieux et à reconnaître leur place dans l’Église (312).
Le chapitre 9 est consacré à La spiritualité conjugale et familiale” (313-325). Le pape écrit : La présence du Seigneur habite dans la famille réelle et concrète, avec toutes ses souffrances, ses luttes, ses joies et son quotidien (351). Les moments de joie, le repos ou la fête, et aussi la sexualité, sont expérimentés comme une participation à la vie pleine de la résurrection du Christ (317). Il est important d’avoir des moments de prière simples en famille. Il faut développer une spiritualité du soin, de la consolation et du stimulus (321). Cela comprend l’hospitalité : c’est ainsi que certains ont accueilli des anges (Hébreux 13,2) (324).
Aucune famille n’est une réalité parfaite et confectionnée une fois pour toutes, mais elle requiert un développement graduel de sa propre capacité d’aimer (325).
Ce sera le mot de la fin, et la phrase à méditer !
+ Jean-Pierre Delville,
évêque de Liège
Texte à télécharger en format pdf : 2016-08-18 – Amoris laetitia – Mgr Jean-Pierre Delville
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