20 août : homélie de Mgr Delville pour la messe de clôture

2016-08-20 - Pele Lourdes AEN (127)

Lors de la messe d’envoi, qui clôture notre pèlerinage,
Mgr Jean-Pierre Delville, notre évêque, a prononcé l’homélie

 

Mgr Delville a basé son homélie sur l’évangile qui venait d’être lu (Le jugement dernier, Mt 25, 31-40) vu à travers le prisme de l’Année de la Miséricorde. Voici le texte de son homélie, que vous pouvez également télécharger en format pdf tout en bas de cet article.

Chers Frères et Sœurs,
Liebe Brüder und Schwestern,

En cette célébration de clôture de notre pèlerinage à Lourdes, nous sommes enveloppés dans un message d’amour. Chacun et chacune, nous avons reçu de multiples témoignages d’amour durant cette semaine. À travers tous ces moments, nous avons découvert la source de cet amour, la miséricorde de Dieu. Jetzt ist also der Zeitpunkt für jeden von uns gekommen, Bilanz zu ziehen über das hier Erhaltene. Dies ist die Zeit innerlich für das Entdeckte zu danken.

Quelqu’un me disait hier : Ici à Lourdes, je ressens plus qu’ailleurs la présence de Dieu, il y a quelque chose de spécial ici, je ne sais pas comment le définir, mais je le ressens ! Même si Dieu est partout, ici je le ressens plus présent. Je crois que cette personne a raison. Mais si Dieu nous paraît plus présent ici, ce n’est pas parce que le lieu est magique, c’est parce que vous êtes magiques ! C’est parce que vous avez échangé des gestes d’amour ; or c’est dans l’amour qu’on découvre Dieu.

2016-08-20 - Pele Lourdes AEN (107)

C’est ce que Jésus nous dit dans sa célèbre parabole du jugement dernier, racontée seulement dans l’évangile de Matthieu (Mt 25, 31-46). Il y a deux surprises dans cette scène, deux bouleversements par rapport à la vision traditionnelle du jugement final. La première surprise est que celui qui préside le jugement n’est pas le Père, mais le Fils de l’homme, soit Jésus lui-même. Certes, le jugement est fait au nom du Père, puisque le Fils de l’homme dit : « Venez les bénis de mon Père ». Mais c’est bien le fils qui préside le jugement. C’est le « Fils de l’homme dans sa gloire », nous dit le texte ; il est même appelé aussi « le roi ». Mais c’est bien un homme, puisqu’il parle à la fin de « ces petits qui sont mes frères ». Il se met au même niveau que les hommes, et spécialement les petits. Qui plus est, pour ceux qui ont lu l’évangile de Matthieu jusqu’à la fin, ils savent que ce « Fils de l’homme dans sa gloire » va être arrêté, condamné, subir sa passion et mourir sur une croix comme un malfaiteur. Donc celui qui préside le jugement final est aussi celui qui a été victime d’un jugement injuste ; celui qui juge est aussi celui qui a été condamné comme criminel. Le jugement de toute l’humanité est exécuté par un type qui a été condamné à mort ! Vous imaginez cela ? Un tribunal présidé par un condamné ? Jean-Louis Defer, notre prédicateur, qui est aumônier de prison à Lantin, pourrait nous le dire : il imaginerait mal que les prisonniers qu’il visite dans leurs cellules se retrouvent un jour à la place du juge au tribunal ! Or c’est ce qui se passe dans le texte de l’évangile. Mais derrière ce paradoxe, se cache une grande découverte : nous sommes jugés, non pas par un juge lointain et implacable, mais par un juge qui connaît l’âme humaine, les souffrances humaines, qui a même été victime d’une justice injuste. C’est pourquoi ce juge nous jugera avec miséricorde et pas avec rigueur ou sévérité.

La deuxième surprise de cette parabole du jugement final, c’est l’étonnement des gens à l’audition du jugement. J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’avais soif et vous m’avez donné à boire… Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous donné à manger ? Avoir soif et t’avons donné à boire ? Surprise des gens ! Réponse du Juge : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! Surprise : le juge s’identifie à la victime, à la personne qui a subi une injustice ou une souffrance ! Or ce juge, c’est non seulement le Fils de l’homme, mais c’est aussi le Fils de Dieu, puisqu’il parle des « bénis de mon Père ». Donc finalement les victimes de notre monde et les souffrants de l’humanité, c’est Dieu lui-même. Dieu est dans celui qui a faim, qui a soif, qui est dévêtu, qui est étranger, qui est prisonnier. Voilà le deuxième bouleversement !

2016-08-20 - Pele Lourdes AEN (108)

En raccourci on pourrait dire que, dans cette parabole, les rôles sont complètement bouleversés : Dieu disparaît de son trône de Juge, mais il réapparaît dans les victimes de ce monde, et même les victimes de la justice, les prisonniers. La place de Dieu a totalement changé, et cela grâce à Jésus, qui a vécu personnellement le sort de l’humanité, avec ses souffrances et ses gestes de bonté.

La conséquence de cela, pourrait-on dire en raccourci, c’est que Dieu est descendu de son trône, pour que l’être humain dans sa fragilité soit élevé au rang de Dieu : tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait, dit Dieu par la bouche de Jésus. Dieu à la place de l’homme, l’homme à la place de Dieu ! Autrement dit, Dieu peut être découvert à travers l’homme par nos gestes de miséricorde ; et l’homme le plus insignifiant est élevé à la dignité divine, par la miséricorde de Dieu. La miséricorde humaine, l’amour partagé, nous fait découvrir Dieu ; et la miséricorde divine nous fait découvrir l’homme et sa dignité cachée. Voilà pourquoi, frères et sœurs, cette miséricorde est si importante, elle nous fait découvrir Dieu et nous fait découvrir nos frères et sœurs, par une communion entre nous.

C’est cela que nous avons vécu durant ce pèlerinage. Nous avons fait l’expérience de l’amour durant ce pèlerinage. Nous avons été aimés et nous avons donné de l’amour. Nous avons été aimés car tous nous avons été l’objet d’attentions de la part des autres. Nous avons aussi été stimulés à aimer davantage que d’habitude, à donner du temps pour les autres et à faire attention à eux. Ce qui nous est révélé aujourd’hui, c’est que Jésus est présent dans tous ces gestes d’amour : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !

Während dieser Pilgerreise haben wir Liebe erfahren. Wir wurden geliebt und haben Liebe gegeben. Wir sind mit Liebe und gegenseitiger Aufmerksamkeit beschenkt worden. Wir wurden angeregt mehr Nächstenliebe zu leben, als es im Alltag üblich ist, mehr von unserer Zeit für andere zu erübrigen und ihnen Aufmerksamkeit zu schenken. Was uns heute offenbart wird, ist das Jesus sich in all seinen Taten der Nächstenliebe wiederspiegelt: Was ihr für einen meiner geringsten Brüder getan habt, das habt ihr mir getan.

ElisabethdeThuringeCrucifix

Cela me fait penser à une histoire que j’ai découverte durant ces vacances. J’étais en Allemagne à Marburg et je vois dans une église une peinture : elle représente un lit avec un crucifix couché sur le lit ; autour du lit, une femme et un homme debout. Avec mes compagnons de voyage, j’étais perplexe. Alors une paroissienne est venue nous expliquer. C’est, nous dit-elle, sainte Élisabeth de Thuringe. C’était la princesse de notre ville au 13e siècle. Elle était la fille du roi de Hongrie et fut mariée au prince de Thuringe. Elle avait beaucoup de richesses à sa disposition. Mais voilà qu’elle entend parler de saint François d’Assise et elle décide de faire comme lui et de se mettre au service des pauvres. Elle donne de la nourriture aux pauvres, elle les visite personnellement. Un jour elle voit un malade en rue ; elle ne sait comment faire pour l’aider. Alors, en secret, elle le fait monter dans sa chambre, elle le couche dans son lit et le soigne. Mais un serviteur avait vu le manège et il va dire au prince : Il y a un homme couché dans le lit de votre femme ! Le prince, furieux, monte dans la chambre, voit qu’il y a quelqu’un dans le lit de sa femme ; il lève les couvertures et qu’est-ce qu’il voit ? Un crucifix grandeur nature, avec le Christ couché sur la croix ! C’est le sujet de la peinture que je contemplais : le crucifix dans le lit de la princesse découvert par son mari. Voilà un message visuel pour dire clairement : ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ! Mais l’histoire n’est pas finie. Ne connaissez-vous pas des hôpitaux qui s’appellent « Sainte-Elisabeth » ? Oui, il y en a un à Liège ; et il y en a un à Verviers et à Namur ; et un à Saint-Vith ? Pourquoi ? C’est parce que sainte Elisabeth de Thuringe a compris que son lit était trop petit pour soigner les malades ; alors elle a fondé un hôpital dans sa ville de Marburg. Depuis lors, beaucoup d’hôpitaux ont pris le nom de sainte Elisabeth.

Vous voyez ? Une simple action de miséricorde d’une seule personne, qui a soigné un malade, est devenue la base de milliers d’hôpitaux dans le monde ! La miséricorde, c’est contagieux, cela se multiplie ! C’est l’expérience que nous avons vécue ici. Quand vous serez rentrés chez vous, racontez-la autour de vous ! Et surtout vivez-la concrètement au quotidien !

Élisabeth de Thuringe avait d’ailleurs un bon exemple en tête : elle pensait à sa sainte patronne, Élisabeth, cousine de la vierge Marie, qui a été aidée par Marie quand elle était enceinte. Ainsi Marie à son tour nous précède dans la miséricorde et nous invite à la pratiquer !

Amen ! Alléluia !

+ Jean-Pierre Delville,
Évêque de Liège

L’illustration, qui représente l’histoire que nous a racontée notre évêque, vient du site : http://www.helmut-zenz.de/hzelisab.htm

Téléchargez ici le texte de l’homélie, en format pdf2016-08-20 – Homélie Mgr Delville

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