Jeudi 20 : excursion à Saint-Savin

Saint-Savin

Pèlerinage à Saint-Savin :
saint Savin de Bigorre, un missionnaire
comme « nos » saints Servais, Remacle, Lambert et Hubert :
une source d’inspiration pour la mission aujourd’hui !

 

Nouveau retour en arrière : voici le texte de l’intervention de l’abbé Fabrice de Saint Moulin, lors de l’excursion à Saint-Savin, le 20 août 2015.

INTRODUCTION

Quand on vient à Saint-Savin, on peut être d’abord touché par le lieu, son église, son cloître. Il faut ensuite se demander qui a donné le nom à ce lieu, qui était ce fameux saint Savin. Dans la même foulée, puisque nous visitons ce lieu dans le cadre d’un pèlerinage dont le thème est la joie de la mission, il nous faut voir, s’il a été un évangélisateur comme le dit la tradition ? Si oui, comment a-t-il vécu sa mission ?

Mais, allez-vous me dire, à part que l’endroit est beau, que l’église et le cloître méritent le détour, saint Savin nous est éloigné par l’histoire et le lieu. Nous ne sommes pas concernés directement. C’est pour cela que je vais essayer de faire le lien entre saint Savin et les saints évangélisateurs de nos régions que sont saint Servais, saint Lambert, saint Hubert, saint Remacle.

LA VIE ET LA MISSION DE SAINT SAVIN

La vie de saint Savin prête à discussion en ce qui concerne bien des points à commencer par le siècle de sa vie. Pour certains, il est né à la fin du IVe siècle (375 ?) et est mort en 415/416 à une quarantaine d’années tout au plus. Il aurait alors été un quasi contemporain de saint Servais. Pour d’autres c’est un saint carolingien des VIIIe/IXe siècles et alors il aurait été contemporain de saint Hubert. Il est donc difficile d’affirmer des certitudes. Je m’appuie sur les affirmations de Jean Béziat.

Originaire de Barcelone, Savin aurait reçu une brillante éducation. Il aurait perdu son père en bas-âge. Adulte, il suit une instruction spirituelle auprès de Septime Sévère. Il l’accompagne dans ses fréquentes visites aux fondations monastiques du grand saint Martin : Ligugé et Marmoutier. Savin rend aussi visite à saint Paulin de Nole à Rome. Savin rejoint saint Martin à Ligugé (Locoteiaco). C’est là que Savin éprouve l’envie de se retirer dans la solitude d’un désert. Il reste trois ans à Ligugé, en observant la discipline de saint Martin.

Savin avait entendu parler d’un monastère en Bigorre, dans les montagnes. Orientius, un moine proche de Sulpice Sévère, était en train de s’établir sur un escarpement en face de ce « monastère ». Savin ayant manifesté son désir en conseil monastique à Ligugé, il lui fut attribué un compagnon pour la route. Il trouva dans la vallée du Lavedan l’abba Phronime à la tête d’un petit nombre de moines. Exposant à Phronime son désir, celui-ci accepta de l’accompagner vers un lieu plus reculé. Ils trouvèrent dans la montagne le lieu recherché : pauvre en ressources et difficile d’accès. Il coulait peu d’eau. Ils passèrent un an à établir un gîte. Phronime retourna vers ses frères. L’ermite était dans un habitacle assez petit. Il demeura treize ans là-bas. Il gardait la réclusion. Il couchait dans une excavation, une anfractuosité naturelle. La survie tenait à un fil.

Saint Orens (Orientius), arrivé en même temps que Savin en Lavedan, luttait contre le paganisme vascon. Il fut appelé à devenir évêque d’Auch. Il laissa à Savin la mission qui était la sienne. Savin serait devenu thaumaturge. Il aurait sauvé un nouveau-né.

Il aurait eu des pouvoirs sur les forces du mal, spécialement de l’idolâtrie. Il aurait fait des exorcismes.

Il s’attacha à la Vérité. Il lutta contre le paganisme des Vascons qui personnifiaient et divinisaient les montagnes et qui avaient érigé sur les flancs du mont Nerbiou un fanum (temple) idolâtre. C’est à ce poste qu’Orientius (acharné contre l’arianisme), avait nommé Savin.

À la fin de sa vie, Savin souffrit d’infirmité. Un diacre lui fut envoyé par Phronime. Il mourut le 9 octobre 415 ou 416.

À sa mort, un aveugle serait venu saluer son brancard et aurait été guéri.

Savin fut rapidement vénéré comme un saint. Une basilique fut édifiée dans l’enceinte du monastère et une vita (un récit de sa vie) fut rédigée (VIIe siècle ?). L’abbaye de Saint-Savin est mentionnée vers 900. Abbaye bénédictine, elle devait être modeste. Elle fut agrandie et rénovée en 945. L’abbaye trouva sa forme actuelle au début du XIIe siècle. La consécration définitive aurait eu lieu en 1140. On construisit un petit ermitage roman à l’emplacement de l’ermitage au même moment (au lieu-dit Pouy-Aspé). La chapelle actuelle date de 1861 (suite à la ruine de la précédente en 1795).

On vénère les reliques de saint Savin dans la basilique de Saint-Savin (trésor de la salle capitulaire, tombeau de l’abbatiale), mais aussi à Auch, à Ligugé et d’autres endroits. La châsse en argent date du XVIe siècle.

Au sens strict, saint Savin est donc plutôt un saint ermite qu’un saint missionnaire. Il a vécu seul, a beaucoup prié après avoir reçu une formation au monastère de Ligugé. Mais manifestement, le fait qu’il ait choisi de se retirer dans les montagnes, encore alors vénérées par des païens, qu’il ait tenu des années (13 ?) dans la fidélité au Seigneur par la prière et la louange, dans la pauvreté radicale aussi, dans le célibat, a dû toucher les cœurs. Il a été missionnaire par rayonnement et par témoignage de vie.

C’est sans doute pour cela que non seulement, un aveugle serait venu le toucher sur son brancard. C’’est aussi pour cela qu’il aurait rapidement été considéré comme un saint.

DES SAINTS EVANGELISATEURS, MODELES POUR LA MISSION AUJOURD’HUI ?

Nous pouvons voir des similitudes entre les évangélisateurs de nos régions et saint Savin.

Il y a un attachement à une vie de prière de type monastique. Pensons aux monastères de Lobbes, Fosses, Moustier, Nivelles, Celles, Nassogne (saint Monon), Saint-Hubert, Stavelot, Malmedy, Saint-Trond, Andenne, Amay.

Nous pouvons aussi constater des différences. Chez nous, l’évangélisation se fait par les voyages et visites des évêques dans leur diocèse.

La vie communautaire, comme en Bigorre, existe aussi.

CONCLUSION

Il est difficile de faire une comparaison sérieuse entre l’évangélisation de la Bigorre et celle de nos régions en s’appuyant sur l’étude du seul saint Savin, d’autant que sa biographie est loin d’être certifiée. Mais nous avons la chance de constater ici qu’une seule recette universelle n’existe pas.

  • Pour annoncer l’évangile, il faut des passionnés de Dieu vivant la radicalité de leur foi pour lui-même. Sainte Ode, saint Savin en font partie.
  • Il faut aussi des saints qui n’ont pas peur d’aller dans des contrées reculées, les montagnes, la Campine, les forêts de l’Ardenne. Mais aussi les banlieues difficiles, les centres fermés, les prisons, les hôpitaux.
  • Il faut aussi des témoins du Christ qui osent agir autrement que les mœurs ou coutume du lieu, tel saint Lambert, formé à la cour du roi et qui remet son épée dans le fourreau pour ne pas tuer. Des missionnaires qui s’occupent de ceux que le monde rejette : les serfs, les migrants, les persécutés.
  • Il faut aussi des missionnaires qui connaissent leur culture et qui l’évangélise. Des missionnaires qui inculturent la foi chrétienne. Pensons à la légende de saint Hubert : découvrir le Christ dans la nature (les bois d’un cerf), les hobbies et le révéler. Il faut des missionnaires sur la toile du web !
  • Il faut des missionnaires qui permettent de contempler du beau. Pensons à cette église, ce cloître, ce tombeau ! Pensons aux églises de chez nous !
  • Il faut des missionnaires qui partagent ce qu’ils vivent comme les premiers routiers de chez nous.
  • Il faut des chrétiens qui n’ont pas peur de mourir pour le Christ ! Saint Lambert et saint Théodard en font partie !
  • Il faut des chrétiens qui cherchent à témoigner ensemble !

Dans ce lieu, on peut aussi penser aux moines de Tibhirine en Algérie. Passionnés de Dieu et des hommes, ils ont vécu ensemble la prière, l’amour de Dieu, et le service des frères par le partage de leur terre avec les villageois, partage de leur talent avec frère Luc, le médecin.

Ce n’est pas un modèle unique, mais c’est sans doute un modèle qui peut inspirer nos communautés chrétiennes en s’ouvrant davantage à ce qui se vit autour d’eux !

Abbé Fabrice de Saint Moulin,
Doyen d’Ans

P.S. Les photos illustrant cet article viennent du diaporama préparé par Gaby pour les pèlerins n’ayant pu accompagner l’excursion : merci à elle !

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