Tout ce qu’Il vous dira, faites-le ! Conférence de Mgr Jean-Pierre Delville

2015-08-18 - Conf. Mgr Delville (5)

Tout ce qu’il vous dira, faites-le (Jean 2,5) : Marie et la mission

Conférence donnée par Mgr Jean-Pierre Delville à Lourdes le 18 août 2015

Le quatrième évangile, l’évangile selon saint Jean, ne cite que deux fois Marie, mais à deux moments stratégiques : aux noces de Cana (chapitre 2) et au pied de la croix de Jésus (chapitre 19). Dans les deux cas, curieusement, Jésus l’appelle « femme », et non « maman » ; et l’évangéliste la nomme « la mère de Jésus », et pas Marie. On pourrait se demander pourquoi. On peut penser que Marie acquiert un statut spécial : elle n’est plus seulement une personne privée, appelée Myriam (en français Marie) et maman d’un fils appelé « Jésus ». Elle devient une femme par excellence et une mère par excellence. Aux noces de Cana, elle est surtout « femme », car elle est la seule femme du récit. Et, au pied de la croix, elle est surtout « mère », car Jésus dit au disciple bien-aimé : Voici ta mère. Dans les deux cas, Marie envoie en mission. Dans le premier cas, elle envoie les serviteurs vers Jésus ; dans le deuxième cas, elle devient la mère des apôtres, c’est-à-dire la mère des envoyés.

Détaillons un peu cela et lisons d’abord les noces de Cana (Jn 2,1-11, texte de la Bible de Jérusalem).

01 Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là.
02 Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples.
03 Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin.
04 Jésus lui répond : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue.
05 Sa mère dit à ceux qui servaient : Tout ce qu’il vous dira, faites-le.
06 Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres).
07 Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord.
08 Il leur dit : Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. Ils lui en portèrent.
09 Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié
10 et lui dit : Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.
11 Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

On pourrait dire : cherchez l’épouse ! L’épouse, qui se marie ce jour-là, est complètement passée sous silence par l’évangéliste ; c’est Marie qui prend sa place dans le récit ; elle joue vraiment le rôle de la femme, de la maîtresse de maison, de la femme attentive, de la femme qui permet que le mariage soit célébré. L’évangéliste a d’ailleurs une formule solennelle pour décrire sa présence : Il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. L’évangéliste ne dit pas qu’elle était invitée ; il dit carrément qu’elle était là. Puis seulement après il ajoute : Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples. Donc, dans le texte, Marie vient d’abord, Jésus arrive ensuite. Marie est là par nature, il était naturel qu’elle soit là. Elle est vraiment chez elle à ce mariage. Elle agit d’ailleurs en maîtresse de maison ; elle observe ce qui se passe et elle voit qu’il manque de vin. Elle intervient alors auprès de Jésus, puis auprès des serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le, dit-elle (Jean 2,5). Marie renvoie aux paroles de Jésus : Tout ce qu’il vous dira, faites-le. Mais elle incite aussi à l’action : faites-le.

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